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Le boom des grossesses tardives

Le boom des grossesses tardives

Enceinte à 40 ans passés : le boom des grossesses tardives

Les annonces d’heureux évènements tardifs chez les « people » font régulièrement la une des médias. Dernières en date, la milliardaire russe Margarita Louis-Dreyfus, 53 ans, connue en France pour être la propriétaire de l’OM, a accouché en mars de jumelles et Janet Jackson, 49 ans, vient d’annoncer être enceinte de son premier enfant. Des maternités à un âge avancé qui tendent à se banaliser.

Les grossesses tardives ont triplé en 20 ans

Globalement les femmes ont des enfants de plus en plus tard. L’âge moyen des femmes à la naissance de leur premier enfant est passé de 24 ans à la fin des années 1960 à 28 ans aujourd’hui en France (29 ans en moyenne en Europe). Le Royaume-Uni a enregistré pour la première fois en 2014 plus de naissances de mères âgées de 35 ans et plus (21%) que de mères de moins de 25 ans (20%).

On parle de grossesses tardives après 40 ans et de grossesses ultra-tardives après 45 ans. Le nombre d’accouchements de femmes âgées de 40 à 45 ans a été multiplié par 3 en France en deux décennies, passant de 10,104 en 1994 à 35,585 en 2014. Le phénomène des grossesses ultra-tardives est également en plein essor : le Parisien relève que 2,642 femmes de 45 ans et plus ont accouché en France en 2014 (contre 1,050 en 2000). Plus exceptionnel encore, 138 femmes de plus de 50 ans ont mis un enfant au monde cette année-là (contre seulement 40 en l’an 2000).

Les facteurs qui expliquent cette tendance sont multiples. Tout d’abord les contraintes de la vie moderne retardent la mise en route d’un bébé : études plus longues, recherche de stabilité professionnelle et financière avant de se lancer, difficultés à rencontrer le bon partenaire avec qui fonder une famille, couples qui se font et se défont. Mais aussi parfois justement un désir d’enfant au sein d’une nouvelle union alors que l’on a déjà des enfants plus grands, désir renforcé par l’allongement de l’espérance de vie. Enfin, les progrès de la science rendent possible le souhait de maternité lorsque la fertilité a décliné.

Limites naturelles et risques pour la santé

L’espérance de vie s’allonge mais pas la durée de la fertilité. Le Professeur François Olivennes met en garde : « une femme de 40 ans qui ne peut pas faire d’enfant n’a même pas atteint la moitié de son espérance de vie ; elle trouve cela parfaitement injuste. Mais sa fertilité, à partir de 38, 40 ans, est faible ». Après 45 ans, une grossesse spontanée est très rare et après 50 ans, extrêmement rare. « À cet âge, 99,9 % des femmes sont obligées d’avoir recours au don d’ovocytes » révèle le Professeur Olivennes.

En effet, si l’AMP (Aide Médicale à la Procréation) a permis à de nombreux couples infertiles de devenir parents, elle ne peut pas palier à la réduction du stock d’ovocytes et à leur vieillissement. Le taux de réussite de la FIV (Fécondation In Vitro) chute dès 35 ans et devient presque négligeable après 45 ans. Les seules parades sont l’utilisation en FIV d’ovocytes prélevés chez une donneuse (le don d’ovocytes est très rare en France) ou le recours à une mère porteuse (interdit).

En France, l’AMP est réservée aux femmes en âge de procréer (jusqu’à 48 ans en moyenne) et n’est remboursée que jusqu’à 42 ans inclus. Beaucoup de Françaises choisissent de se tourner vers l’Espagne, la Belgique ou la Grèce qui autorisent les femmes à bénéficier d’un don d’ovocytes jusqu’à 50 ans. Aux États-Unis, il n’y a aucune limite d’âge.

Les grossesses tardives ne sont pas sans danger et les risques augmentent avec l’âge de la mère, même en ayant recours à des ovocytes jeunes : le risque de mort maternelle est 8 fois plus important à 50 ans qu’à 30 – 35 ans, le risque de souffrir d’hypertension artérielle, de diabète gestationnel et d’accoucher d’un enfant mort-né ou grand prématuré sont également plus élevés.

Augmentation spectaculaire des grossesses tardives depuis 25 ans.

Augmentation spectaculaire des grossesses tardives depuis 25 ans. Crédits : Le parisien

Faire congeler ses ovocytes : la solution ?

Après la pilule et l’avortement, la congélation des ovocytes devrait-elle être une option pour toutes les femmes ? Si cette pratique est répandue aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique, en Espagne ou encore en Italie, elle est limitée en France aux femmes risquant de devenir stérile après un traitement médical ou souffrant d’une endométriose sévère et à celles qui font don de leurs ovocytes, autorisées à en préserver une partie pour leur propre usage.

Quel est le profil des femmes qui ont recours à la congélation de leurs ovocytes ? Facebook et Apple avaient annoncé en 2014 la prise en charge de cette procédure pour leurs employées qui le souhaitent, une décision perçue par certains comme une incitation au report de la maternité et qui a renforcé l’idée que les femmes faisaient ce choix pour se consacrer à leur carrière. Muriel, qui a fait congeler ses ovocytes en Espagne à l’âge de 37 ans, ne se reconnait pas dans ce profil et explique à Libération : « Les femmes qui, comme moi, ont recours à ça, ne sont pas des carriéristes, elles veulent juste pouvoir se donner une chance de faire un enfant avec la bonne personne. Et si la France ne veut pas rembourser cette pratique, elle pourrait au moins l’autoriser. »

Conseillée avant 35 ans, la congélation de leurs ovocytes procure aux femmes une certaine tranquilité d’esprit, une assurance qu’elles auront la possibilité de recourir à ces ovocytes si elles en ont besoin. Toutefois, cette démarche a un coût élevé : 2000 euros environ pour la vitrification et la préservation des ovocytes pendant 5 ans en Espagne, sans compter les traitements préalables de stimulation, les frais de déplacement puis la FIV et le transfert embryonnaire. Les spécialistes rappellent qu’elle n’offre aucune garantie : si les cliniques revendiquent des taux de grossesse atteignant jusqu’à 60%, les chances de succès varient considérablement selon l’âge auquel les ovocytes ont été prélevés et leur nombre.

Enfin, n’oublions pas que baisse de fertilité ne veut pas dire infertilité. La tranche d’âge 38 – 50 ans est d’ailleurs celle qui enregistre le plus de grossesses « surprise » (40% non planifiées), attribuées à un relâchement contraceptif lié à l’idée visiblement erronée d’avoir passé l’âge !