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Expatriation : entre mythes et clichés

Expatriation

Expatriés : on pense tout de suite à ces professionnels hautement qualifiés envoyés par des multinationales à l’autre bout du monde avec toute une ribambelle d’avantages : appartement et voiture de fonction, personnel de maison, chauffeur, scolarité des enfants prise en charge, billets d’avion pour rentrer en France régulièrement sans parler de leur salaire mirobolant… Pourtant, si les Français sont de plus en plus nombreux chaque année à s’établir hors de l’hexagone, la réalité est souvent bien éloignée de cet idéal de l’expatriation.

Un aller-simple pour l’aventure

En 10 ans, 420,000 Français ont quitté la France pour s’installer à l’étranger. Alors que seulement 13% des jeunes diplômés envisageaient l’expatriation en 2012, ils sont aujourd’hui 28% à être candidats au départ. Crise économique, chômage, morosité : l’herbe est plus verte ailleurs et les jeunes (ou moins jeunes) n’attendent pas de trouver LA boîte française qui les enverra à San Francisco ou à Jakarta pour franchir le pas.

Certains postulent depuis la France, passent des entretiens par Skype et finissent par obtenir un poste dans le pays qui les fait rêver. D’autres attendent de s’être constitué un petit pécule et se rendent directement sur place. Couchsurfing, Airbnb, auberges de jeunesse : les solutions temporaires de logement ne manquent pas et on obtient facilement toutes sortes d’infos pratiques sur le Net pour préparer son expatriation.

Plusieurs pays hors d’Europe proposent aux jeunes de 18 à 30 ans des visas vacances-travail d’un an : Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Corée du Sud, etc. Si les personnes qui partent avec ce type de visa ne trouveront pas toujours une société qui accepte de les « sponsoriser » pour rester dans le pays une fois leur visa parvenu à échéance, beaucoup reviennent avec un meilleur niveau d’anglais et une première expérience de longue durée à l’international qui seront autant d’atouts pour retenter l’aventure de l’expatriation par la suite.

Riche comme un « expat » ?

Trouver un emploi à l’étranger est une chose, obtenir un poste avec de bonnes conditions et un salaire attractif en est une autre. En France, on a la chance d’avoir de nombreux acquis sociaux : congés payés, sécurité sociale, retraite, école gratuite, etc. On peut facilement tomber des nues en se voyant proposer un salaire inférieur au SMIC en Chine alors que l’on a un Master 2 en poche ou en découvrant que son contrat inclut de travailler 6 jours sur 7.

Beaucoup acceptent un salaire « correct » et se rendent compte une fois sur place qu’ils auront du mal à joindre les deux bouts car ils n’avaient pas pris en compte dans leurs calculs le coût parfois exorbitant du logement (à Hong-Kong par exemple) ou de la scolarité de leurs enfants.

Néanmoins, la décision de s’installer à l’étranger ne se résume pas au salaire et aux conditions de travail. Dynamisme de l’économie, responsabilités de travail accrues, cadre de vie agréable, amour du pays : les raisons pour choisir l’expatriation comme mode de vie durable ne manquent pas.

L’expatriation : pas au goût de tous

On rêve d’ailleurs et une fois parti on a le mal du pays. Barrière de la langue, différences culturelles, nourriture ou climat trop éloigné de ce que l’on connait : il n’est pas toujours évident de s’adapter à un nouveau pays, sans parler de la difficulté à se constituer un nouveau cercle de relations et du manque de ses proches sur le long terme.

Bien que la mondialisation facilite la mobilité internationale, les Français restent plutôt sédentaires et sont proportionnellement beaucoup moins nombreux que leurs voisins européens à choisir l’expatriation : 7,6% des Britanniques vivent à l’étranger contre à peine 2,9% des Français.

S’il est difficile d’estimer la proportion des expatriés qui feront leur vie à l’étranger, selon une enquête gouvernementale seuls 17% des Français expatriés pensent ne jamais rentrer en France. Pour finir sur un cliché, le Français râle beaucoup mais il est finalement bien chez lui.