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L’accouchement dans le monde

L'accouchement dans le monde

Au Brésil, 85% des femmes qui mettent leur enfant au monde dans une clinique privée accouchent par césarienne. Aux Pays-Bas, moins de 5% des femmes ont recours à la péridurale et près d’une sur trois accouche à domicile. En Chine, les femmes passent traditionnellement un mois en convalescence après la naissance de leur bébé. Tour du monde des pratiques et coutumes qui entourent l’accouchement.

Brésil : césarienne = modernité

Au Brésil, l’accouchement est fortement médicalisé et les césariennes pour « convenance personnelle » sont la norme. Dans le privé, environ 85% des naissances se font par césarienne (un quart des naissances ont lieu dans des cliniques privées). Dans les hôpitaux publics, le taux d’accouchement par césarienne a pu être ramené à 45% grâce à une politique gouvernementale pénalisant les hôpitaux au quota de césarienne trop élevé. En effet selon l’OMS, un taux optimal d’accouchements par césarienne devrait être situé entre 5 à 15% du total (en France, 83% des naissances ont lieu par voie basse).

La raison avancée à ce fort taux de césariennes est en premier lieu pragmatique : un accouchement par césarienne programmée est plus rapide et plus rentable car plus couteux. Ensuite, la culture médicale de l’accouchement au Brésil rend les conditions d’un accouchement naturel difficiles. Maria do Carmo Leal, chercheuse à l’école nationale de la santé publique explique :

« Ici, quand une femme est sur le point d’accoucher, même de façon naturelle, la première chose que la plupart des hôpitaux font est de la clouer au lit en lui mettant une perfusion dans le bras, ce qui fait qu’elle ne peut ni marcher, ni prendre une douche, ni enlacer son mari. L’utilisation de médicaments pour accélérer les contractions est très commune, de même que l’épisiotomie. Ce que vous obtenez, c’est beaucoup de douleur et un accouchement horrible. Cela fait de la césarienne un rêve pour beaucoup de femmes ».

L’accouchement naturel est ainsi vu dans la culture brésilienne comme sauvage et primitif alors que l’accouchement par césarienne serait civilisé et moderne. Cette dernière est tellement répandue qu’il est difficile d’obtenir un lit dans une maternité sans avoir préalablement opté pour une césarienne. Pedro de Britto Pereira, obstétricien et professeur à l’université fédérale de Rio de Janeiro confirme à la BBC : « la meilleure façon de vous garantir un lit dans un bon hôpital est de reserver pour une césarienne ».

En protestation, un couple a choisi d’accoucher naturellement, à domicile avec l’aide d’une sage-femme, et de médiatiser les photos prises lors ce moment dans un but de sensibilisation.

Accouchement à domicile au Brésil

Accouchement à domicile au Brésil – Crédits : Gustavo Gomes

Pays-Bas : accouchement naturel par excellence

Aux Pays-Bas, c’est l’extrême inverse. La grossesse et la naissance sont considérées comme des étapes normales de la vie et non comme une condition médicale. À cet égard, les femmes enceintes ne sont pas traitées comme des patientes, les actes médicaux ne sont pas encouragés et l’accouchement à domicile est légion.

Hors grossesse à haut risque ou complications, ce sont les sage-femmes qui assurent le suivi de la grossesse et qui mettent au monde les enfants. 30% des femmes qui accouchent de leur premier enfant le font à domicile et ce chiffre grimpe à 60% pour le deuxième enfant (en France l’accouchement à domicile concerne 1 à 2% du total des naissances). En cas de naissance à l’hôpital, la maman regagne son domicile avec son nouveau-né généralement seulement quelques heures après son accouchement. Cela est rendu possible par une très faible médicalisation de l’accouchement. Ainsi, seules 5% des parturientes ont recours à la péridurale (contre 77% en France lors d’un accouchement par voie basse), les Hollandaises privilégiant un accouchement naturel. De retour à la maison, les parents ne sont pas livrés à eux-mêmes car un accompagnement à domicile est prévu et pris en charge par la sécurité sociale : pendant une semaine, une assistante maternelle, appellée Kraamzorg, aide pendant 2 à 6h par jour aux soins du nourrisson, mais aussi au ménage, à la cuisine, etc.

Dans la plupart des autres pays européens, l’accouchement à domicile est souvent vu d’un mauvais oeil et considéré comme dangereux pour la maman et son enfant. Pourtant le taux de mortalité infantile aux Pays-Bas est au même niveau que les autres pays d’Europe : 3,8 pour 1000 naissances, taux identique à celui du Royaume-Uni (la moyenne européenne est à 3,7/1000). Des études  menées au Royaume-Uni, aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Suisse et en Nouvelle-Zélande ont conclu que l’accouchement à domicile, lorsqu’il n’est pas contre-indiqué et sous supervision d’une sage-femme, n’augmentait pas le risque de mortalité infantile.

Chine : des traditions millénaires toujours d’actualité

Alors que l’accouchement en Chine est largement médicalisé avec près de la moitié des naissances par césarienne, c’est après la venue au monde du bébé que les traditions séculaires entrent en jeu : Zuo Yue Zi ou littéralement : « s’asseoir un mois« . Les jeunes mamans sont en effet tenues de se reposer pendant un mois après la naissance de leur enfant afin de se rétablir.

Vulnérables après leur accouchement, elles ne doivent surtout pas prendre froid et cela se traduit par une interdiction de se laver, surtout les cheveux (seule une toilette sommaire avec une serviette imbibée d’eau, d’alcool et de sel est autorisée), de manger des aliments crus ou jugés « froids », d’allumer la climatisation et d’ouvrir les fenêtres. Toutes les activités qui pourraient épuiser la jeune maman sont interdites, y compris lire ou regarder la TV. Si l’accouchement a eu lieu par césarienne, elle ne pourra quitter son lit que pour se rendre aux toilettes. Le soin de s’occuper du bébé et de la maman pendant ce mois de confinement revient à la grand-mère paternelle ou maternelle.

Dans l’imaginaire populaire, si ces règles ne sont pas respectées à la règle, la femme sera plus facilement sujette aux migraines  et aux maladies comme l’arthrite dans ses vieux jours.

Et vous, comment avez-vous vécu ou envisagez-vous votre accouchement ?