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Le revenu de base : utopie ou vrai débat ?

Le revenu de base remis au goût du jour

Alors que le chômage touche plus de 10% de la population active en France et que de nombreuses tâches peuvent maintenant être accomplies par des machines (automatisation des chaines de production, des stations essence, des caisses de supermarché, etc.), la valeur à accorder au travail est plus que jamais remise en question. Un concept qui trouve des partisans de tout bord politique refait surface dans l’actualité : celui de revenu de base.

Le revenu de base, qu’est ce que c’est ? Aussi appelé revenu universel ou revenu inconditionnel, le revenu de base est une forme d’allocation généralisée, qui serait versée à tout le monde, sans condition de ressources ou de revenus. Cette allocation serait suffisante pour couvrir les besoins primaires des individus et surtout n’exigerait aucune contrepartie. Libre à chacun de la dépenser comme bon lui semble et de travailler ou non.

Est-ce un modèle de société viable ? Que feriez-vous si on vous versait jusqu’à la fin de votre vie l’équivalent d’un smic ?

Le montant du revenu de base et son financement

Le montant proposé varie selon les courants de pensées. Les plus libéraux estiment qu’il faut partir d’un montant faible (équivalent au RSA), qui n’encouragerait pas la paresse en obligeant les personnes à compléter leurs revenus. Les plus à gauche militent au contraire pour un montant élevé (proche du smic), partant du principe que les individus, véritablement libérés des pressions, choisiront un travail qui a du sens pour eux et ne resteront pas oisifs. Les partisans d’un revenu de base élevé souhaitent généralement limiter ses bénéficiaires aux seuls adultes alors que les défenseurs d’un revenu plus bas envisagent un revenu alloué aux enfants (souvent plus faible).

Plusieurs façons de financer le revenu de base sont envisagées. En France, où les aides sociales sont nombreuses, on estime que le revenu de base pourrait être autofinancé par les prestations sociales actuelles, la contrepartie étant de les supprimer. Certains prônent une suppression pure et simple de toutes les aides, d’autres préconisent de conserver les allocations chômage, logement et d’autres aides plus spécifiques. La taxation foncière ou encore l’impôt sur le patrimoine sont d’autres types de financement évoqués.

Les retombées positives espérées

En premier lieu, l’instauration d’un revenu de base permettrait indéniablement de réduire voire d’éliminer la pauvreté. Les individus s’affranchiraient en outre des contraintes matérielles et pourraient donc faire ce qui leur plaît vraiment. On estime que cela favoriserait ainsi la prise de risques et le lancement de projets qui ne sont pas rentables sur le court terme, mais aussi la recherche, le bénévolat et plus globalement l’innovation.

Aujourd’hui on rencontre des situations parfois absurdes où des personnes sans activité qui souhaiteraient par exemple travailler à mis-temps verraient leurs revenus diminuer car leurs aides seraient supprimées. Avec le revenu de base, on serait toujours encouragé à travailler pour compléter ses revenus. Le fait d’avoir une seule aide généralisée et inconditionnelle simplifierait aussi grandement le travail des administrations.

Des expérimentations concluantes

La principale crainte des détracteurs du revenu de base est de voir une majorité de personnes choisir de ne pas travailler et que le système ne soit donc pas viable. Pourtant les expérimentations menées dans divers pays ont toutes été concluantes.

Au Canada par exemple, le revenu de base a été instauré pendant 4 ans dans les années 70 dans les villes de Winnipeg et de Dauphin (respectivement 450,000 et 10,000 habitants). Au terme de l’étude, il a été établi que seuls 1 % des hommes, 3 % des femmes mariées et 5 % des femmes non mariées avaient arrêté de travailler.

Un projet similaire a été conduit de 2008 à 2010 dans un village défavorisé de Namibie. Les résultats sont spectaculaires : l’absentéisme à l’école, le chômage et la criminalité ont baissé, des micro-entreprises diverses et variées ont été établies (confection de petits pains, de vêtements, etc.). Les habitants ont vu en moyenne leurs revenus augmenter de 29%, soit plus que l’allocation reçue.

La France n’est pas en reste puisque la région Aquitaine a récemment voté la mise en place d’un RSA sans condition de ressources, une grande première.

Des incertitudes subsistent

Si les bénéfices de l’instauration d’un revenu de base semblent établis, de nombreuses interrogations et critiques demeurent. Des voix se sont élevées pour nuancer les résultats des précédentes expérimentations, estimant que les personnes concernées savaient que l’étude était temporaire et ont donc peu modifié leurs modes de vie.

C’est également une profonde remise en question de la valeur travail, qui constitue la contribution de chaque individu à la société. Si travail mérite salaire, le contraire est aussi primordial pour beaucoup. Ne risque-t-on pas d’aboutir à une société duale avec d’un coté ceux qui travaillent et de l’autre ceux qui choisissent de ne pas participer à l’effort collectif, même s’ils restent minoritaires ?

Qui acceptera les travails réputés durs ou ingrats ? On a en effet du mal à imaginer qu’il y ait beaucoup de vocations d’éboueur ou d’agent d’entretien. Et vous, conserveriez vous votre travail si le revenu de base était instauré ?

  • Marie

    On peut très bien imaginer que le travail pénible soit de fait revalorisé et donc mieux payé ce qui permettrait de compléter son revenu de base en travaillant par exemple une journée ou deux par semaine ce qui change complètement la donne. Il faut comprendre que le revenu de base ce n’est pas ne plus gagner d’argent c’est donner à tous un minimum vital mais la plupart des personnes ne vont pas s’en contenter et vont faire quelque chose et pourquoi pas un travail pénible ou considéré comme dévalorisant si ce travail est mieux rémunéré et surtout qu’on ne soit pas obligé de le faire à temps plein ou toute sa vie.