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Nouvel an chinois : migrations inversées, étrennes virtuelles…

Réunion familiale pour le nouvel an chinois

D’après le calendrier lunaire chinois, nous sommes entrés le 8 février dans l’année du singe de feu. Le nouvel an lunaire, dans l’empire du milieu, est la fête la plus importante de l’année, entrainant le déplacement de centaines de millions de personnes pour rejoindre leur famille. Les plus jeunes reçoivent des étrennes dans des enveloppes rouges qui portent chance, les maisons sont décorées et les explosions de pétards retentissent dans toute la Chine. Fortement empreint de tradition, le nouvel an chinois se voit bouleversé par de nouvelles tendances, étroitement liées à la modernisation du pays.

Des migrations en sens inverse

Dans la première puissance manufacturière, toute l’activité économique est stoppée à la période du nouvel an. Débute alors la plus grande migration humaine annuelle du monde : les travailleurs migrants des mégalopoles côtières, Pékin, Shanghai, Canton et Shenzhen en tête, rentrent dans leur province natale pour célébrer le passage à la nouvelle année en famille. La plupart des étudiants, en vacances d’hiver, rentrent également chez eux et beaucoup de personnes en profitent pour faire du tourisme dans le pays ou à l’étranger. Le ministère des transports estime à 2,9 milliards le nombre de trajets effectués par les voyageurs chinois entre le 21 janvier et le 3 mars 2016, condensés dans les semaines proches du 8 février.

Ce déplacement massif de la population n’est pas sans conséquences : transports bondés, embouteillages monstres, envolée des tarifs, difficulté à obtenir des billets, etc. Il n’est pas inhabituel de devoir passer une dizaine d’heures debout dans un train, faute d’avoir pu obtenir une place assise.

Migrations - nouvel an chinois

Des milliers de passagers attendent de pouvoir entrer dans la gare de Canton. Crédits : Vincent Yu/AP

Cette année, une nouvelle tendance émerge : voyager dans le sens inverse des migrations. Beaucoup de parents retraités ont décidé de rejoindre leurs enfants dans les mégalopoles où ils travaillent et profiter ainsi du charme des grandes villes vidées de leur population. Wei Banhu, ouvrier retraité résidant à Nanjing explique à CNTV que normalement, ses deux enfants adultes rentrent à Nanjing pour le nouvel an. Mais cette année, c’est Wei qui a fait le déplacement :

« La principale raison est qu’il est beaucoup plus facile d’acheter un billet de Nanjing à Shanghai, comparé au trajet en sens inverse. Comme mes enfants sont tous les deux à Shanghai, c’est vraiment pratique pour moi de venir leur rendre visite. »

Lu Bei, président de Ctrip, leader national du voyage en ligne, confirme que cette tendance inversée est assez forte, avec une augmentation des réservations de billets d’avion à destination des premières villes du pays de 40%.

Des étrennes… virtuelles

À l’occasion du nouvel an, il est coutume d’offrir à ses proches des enveloppes rouges contenant de l’argent (appelées « hong bao »), dont le montant, souvent symbolique, dépend de ses revenus et du destinataire.

Un enfant heureux d'avoir reçu des "hong bao" pour le nouvel an chinois

Un enfant tient dans ses mains des « hong bao » qu’il a reçu pour le nouvel an chinois.

Si traditionnellement les jeunes générations en sont les principaux bénéficiaires, il est aussi fréquent pour les employés d’en recevoir de leur patron et de s’en échanger entre amis.

Mais modernité oblige, il n’est plus nécéssaire de se déplacer pour remettre ces fameuses enveloppes rouges en main propre. Depuis 2014, l’application WeChat, équivalent chinois de Facebook et WhatsApp combinés et moyen de paiement populaire, propose un service d’enveloppes rouges virtuelles. Le 7 février dernier, jour du réveillon du nouvel an lunaire, 8 milliards d’enveloppes virtuelles ont été envoyées via WeChat par 420 millions d’utilisateurs. C’est 8 fois plus que l’année passée. Sur QQ, l’application concurrente, ce sont un peu plus de 2 milliards d’enveloppes virtuelles qui ont été échangées entre 308 millions de personnes.

Des faux conjoints à louer pour le nouvel an

Depuis quelques années, les géants du net chinois ont aussi favorisé l’emergence d’une pratique très controversée : de nombreux célibataires, anxieux de retourner dans leur ville natale sans conjoint, peuvent louer en ligne les services d’inconnu(e)s proposant de jouer le rôle de petit(e)-ami(e) pendant les réunions familiales de fin d’année. Dans la culture chinoise, il est en effet mal vu de ne pas avoir trouvé chaussure à son pied à l’approche de la trentaine et la pression de la famille peut être particulièrement rude. Beaucoup ayant senti le bon filon, les annonces se sont multipliées sur les plateformes en ligne, au tarif de départ d’environ 1000 rmb (135 euros) la journée. Chen raconte :

« Mon père ne voulait même pas m’adresser la parole quand je suis arrivé. Mais quand il a vu que j’avais ramené une fille, son expression grincheuse s’est transformée en sourire et il s’est mis à me parler. »

Si Alibaba a récemment supprimé les sections dédiées de ses plateformes Taobao et Tmall, il est encore facile de trouver un faux partenaire à louer via WeChat, QQ et depuis peu par le biais d’applications spécialisées, laissant penser que cette pratique n’est pas prête de s’essouffler…