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Sotsukon : une alternative au divorce au Japon

Sotsukon : une alternative au divorce au Japon

Sotsukon : une alternative au divorce au Japon – Photo d’illustration

Lorsque les trois fils adultes de Yuriko Nishi, 66 ans, ont quitté le foyer familial, elle a demandé à son époux avec qui elle était mariée depuis 36 ans s’il n’avait pas des rêves que la vie conjugale l’avait empêché d’accomplir. « Nous avons commencé à nous interroger sur la voie que nous devrions prendre  » explique-t-elle à CNN.

Sotsukon ou comment « rester ensemble séparément »

Au Japon, le sotsukon apparait comme une alternative au divorce choisie par les couples qui s’aiment toujours mais décident de vivre séparément leurs vieux jours afin de suivre leurs envies respectives. L’expression sotsukon qui combine les mots « sotsugyo » (graduation) et « kekkon » (mariage) est apparue pour la première fois dans l’ouvrage Sotsukon no susume de l’écrivain Yumiko Sugiyama, publié en 2004. Mais ce concept de vie conjugale s’est surtout popularisé lorsque le célèbre comédien japonais Akira Shimizu et sa femme ont fait l’annonce de leur sotsukon en 2013.

Le mari de Yuriko Nishi, Yoshihide Ito, 63 ans, après avoir exercé le métier de caméraman à Tokyo pendant plusieurs décennies, souhaitait s’installer à la campagne, dans sa province d’origine dans le sud du pays et se lancer dans la culture du riz. Yuriko Nishi quant à elle désirait poursuivre sa carrière de styliste dans la capitale. Comme beaucoup d’autres couples mariés au Japon, les époux ont décidé d’opter pour le sotsukon. Ils se rendent visite régulièrement. La distance a créé un manque mutuel et ils sont heureux à chaque fois qu’ils se retrouvent.

« Notre mariage est au beau fixe. Nous partageons deux modes de vie complètement différents ».

Un concept qui séduit les femmes

Dans un pays à la population vieillissante qui détient l’espérance de vie féminine la plus longue du monde, 86,83 ans, l’idée a rapidement fait son chemin. « Cela signifie que la plus longue période dans la vie d’une femme est après que ses enfants aient quitté le nid » analyse Masako Ishii-Kuntz, professeur de sociologie à l’université Ochanomizu de Tokyo. « Beaucoup d’entre elles n’ont rien d’autre à faire que de s’occuper de leur mari. Elles ont réalisé qu’elles devraient s’investir dans leurs propres centres d’intérêt ». Bien qu’il n’y ait pas de chiffres officiels, une étude publiée en 2014 a révélé l’ampleur du phénomène : parmi 200 femmes interrogées âgées de 30 à 65 ans, 57% d’entre elles souhaitaient voir leur mariage évoluer en sotsukon une fois à la retraite.

Kazumi Yamamoto qui a choisi cette voie il y a un an, quittant Hiroshima pour ouvrir un institut de beauté à Tokyo, le rêve d’une vie, estime que ce sont généralement les femmes qui proposent le sotsukon. Les hommes, confirme Yoshihide Ito, peuvent être intimidés par le concept. Ils lui demandent « qu’est ce que tu manges [depuis le sotsukon] ? » ou lui disent « ça doit être vraiment difficile d’accomplir toutes les tâches ménagères soi-même ».

Évolution du schéma familial traditionnel

Le modèle de la famille japonaise change. Masako Ishii-Kuntz explique qu’il est maintenant rare de trouver plusieurs générations vivant sous le même toit au Japon. Il n’est pas non plus inhabituel que les époux dorment dans la même chambre mais sans partager le même lit. « Les membres de la famille sont devenus plus individualistes. Chacun est en droit de poursuivre ses rêves quels qu’ils soient, plutôt que de passer sa vie à prendre soin des autres membres de la famille ».

Masuko Matoba, chercheur au Dai-ichi Life Research Institute Inc, voit l’évolution des rôles au sein du couple dans une société où 64% des femmes âgées de 15 à 64 ans travaillent comme l’une des raisons de l’intérêt grandissant pour le sotsukon : « de plus en plus de personnes n’adhèrent plus à la division conventionnelle des tâches entre les hommes et les femmes, à l’idée par exemple que les femmes devraient prendre soin de leur mari ». Le chercheur estime qu’à mesure que la société vieillit, les couples pourraient être amenés à expérimenter de nouveaux types de sotsukon, « dans lesquels ils continueraient à vivre ensemble et dans la confiance mutuelle mais sans se restreindre ou trop dépendre l’un de l’autre ».