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Armes à feu aux U.S.A. : le prix de la culture

Armes à feu : pratique du tir en famille aux États-Unis

Plus d’Américains sont morts par balle aux États-Unis depuis 1970 que sur les champs de bataille de toutes les guerres de l’histoire américaine : 1,45 millions contre 1,4 millions (source New York Times). Le nombre de morts par armes à feu, qui englobe les suicides, les meurtres et les accidents s’élève à environ 92 par jour.

À chaque nouvelle tuerie de masse qui défraye la chronique, le débat est relancé entre « pro » et « anti ». D’un coté, on soutient que la faute incombe au tireur, non à son arme et que « le seul moyen d’arrêter un méchant avec une arme, c’est un gentil avec une arme » (Wayne Lapierre). De l’autre, on rappelle qu’il n’y a pas de massacre à coups de couteau et qu’une meilleure régulation s’impose.

Mais les discussions sans fin entre les deux camps portent principalement sur des degrés de modification des lois en vigueur : pour ou contre le bannissement des fusils d’assaut ? la généralisation de la vérification des antécédents avant toute vente ? Rarement on entend dans le débat public des propositions visant à réformer le principe même du port d’armes à feu aux États-Unis, ancré profondément dans la culture américaine.

Tir sportif, chasse et rite de passage

À l’occasion de la sortie du film Fury, Brad Pitt avait déclaré à Radio Times :

« il y a un rite de passage là où j’ai grandi d’hériter des armes de vos ancêtres. Mon frère a eu celle de mon père. J’ai reçu le fusil de mon grand-père quand j’étais en maternelle. »

L’acteur ajouta que son père lui avait inculqué un profond respect envers l’arme et qu’il avait appris à l’utiliser en toute sécurité.

Ce rite de passage à l’âge adulte, encore très vivace dans l’Amérique rurale, prend racine à l’époque des premiers colons et de la conquête de l’ouest : si un garçon savait bien tirer, il serait alors capable de chasser pour fournir de la nourriture à sa famille et de la protéger des prédateurs et autres menaces. Aujourd’hui les armes ne sont plus indispensables à la survie mais la tradition est perpétuée à travers les stands de tir et la chasse sportive, deux activités populaires souvent pratiquées en famille.

Un droit fondamental inscrit dans la constitution

La prédominance de la possession d’armes à feu a historiquement permis aux colons américains de s’organiser en milices et de se rebeller contre la Grande-Bretagne durant la révolution de 1776. Le droit de porter les armes a ensuite été inscrit dans la constitution en 1791 au travers du deuxième amendement, qui stipule :

« Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. »

Pour beaucoup d’Américains, ce droit constitue un héritage culturel, le fondement de leur nation et un symbole de leur liberté.

En 2008 la cour suprême a confirmé le droit individuel de chaque citoyen américain à posséder une arme et l’utiliser, notamment pour assurer son auto-défense. Cette interprétation du deuxième amendement est défendue par la NRA (National Rifle Association), puissant lobby de défense des armes à feu réputé pour son emprise sur le congrès américain.

Régulation des armes à feu : mission impossible ?

« Nous dépensons des milliards de dollars dans la lutte contre le terrorisme, qui a tué 229 Américains dans le monde de 2005 à 2014 […]. Dans la même décennie, incluant les suicides, 310,000 Américains sont morts par balle » reporte Nicholas Kristof pour le New York Times.

Malgré l’éloquence des chiffres, toute proposition visant non pas à renier le droit individuel au port d’armes mais simplement à une régulation plus stricte soulève un vent de critiques dans le seul pays au monde qui compte plus d’armes que d’habitants. Barack Obama a depuis le début de sa présidence multiplié les initiatives pour lutter contre le fléau des armes à feu :

« Je suis convaincu que nous pouvons trouver des moyens de réduire la violence due aux armes à feu en respectant le deuxième amendement de la Constitution. »

Après la tuerie de l’école Sandy Hook où 20 enfants âgés de 6 à 7 ans ont perdu la vie en décembre 2012, il avait présenté une série de mesures : notamment l’extension de la vérification des antécédents aux ventes privées, le bannissement des fusils d’assaut et la limitation de la capacité des chargeurs. Mais le congrès avait finalement rejeté son projet de loi.

S’appuyant sur la majorité de ses citoyens qui se disent favorables à un renforcement du contrôle des armes à feu, le président américain a décidé de s’affranchir du congrès et a annoncé en janvier dernier une série de décrets visant à rendre obligatoire la vérification des antécédents judiciaires et psychiatriques par tous les vendeurs « engagés professionnellement » dans le secteur, y compris sur Internet et dans les foires.

Mais ses adversaires politiques ont déjà promis d’abroger ces décrets en cas de victoire à la présidence. Et comme à chaque fois que le chef d’état américain s’exprime en faveur de plus de contrôle, les ventes d’armes à feu s’envolent…