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Open carry et cowboys modernes au Texas

Militants pro-armes, Austin, Texas

Militants pro-armes, Austin, Texas – Crédits Drew Anthony Smith/Getty Images

Depuis le 1er janvier dernier, les habitants du Texas aux États-Unis sont autorisés à porter leurs armes non-dissimulées, au vu et au su de tous (open carry). Ne soyez donc pas surpris ou effrayé si, de visite dans cet État de 27 millions d’habitants, vous croisez un Texan le pistolet à la ceinture ou le fusil à l’épaule dans la rue, au supermarché ou encore au café du coin. C’est parfaitement légal.

Une victoire des partisans du 2ème amendement

Les Américains sont traditionnellement attachés aux armes à feu et le droit de porter des armes est inscrit dans le deuxième amendement de la constitution (voir notre article Armes à feu aux U.S.A. : le prix de la culture). Malgré les appels du Président Obama en faveur d’une plus grande régulation, les partisans de la libéralisation du port d’armes à feu semblent gagner du terrain et parviennent à faire imposer leurs idées. Concernant l’open carry, leur logique est la suivante : le port d’armes visibles dissuaderait les criminels éventuels de passer à l’action.

Scott Smith, partisan des lois sur le port d'armes en open carry. Austin, Texas

Scott Smith, partisan des lois sur le port d’armes en open carry, porte un pistolet à la ceinture alors qu’il se prépare pour un rassemblement au Capitole de l’État du Texas à Austin, le 26 janvier 2015 – Crédits AP Photo/Eric Gay

Déjà permis sous certaines conditions dans une quarantaine d’États américains, l’open carry est particulièrement symbolique au Texas, réputé pour son amour des armes et État le plus peuplé à l’autoriser. La nouvelle législation a eu du succès : entre décembre 2015 et février 2016, le Texas a enregistré 136,000 demandes de permis de port d’armes (nécessaire pour pouvoir porter une arme visible ou dissimulée), soit une augmentation de près de 140% par rapport à la même période un an plus tôt. Aujourd’hui, près d’un million de Texans détiennent un permis de port d’armes.

Autre victoire pour les « pro-armes » : à partir du 1er août, 50 ans après la première tuerie de masse commise dans une université américaine, le port d’armes dissimulé sera autorisé au sein des universités texanes.

Open carry : limites et dangers

Les établissements privés (restaurants, cafés, supermarchés, etc.)  sont en droit de refuser la présence d’armes à feu visibles dans leurs locaux. Mais ils doivent l’indiquer par des signes visibles, en anglais et en espagnol. Beaucoup d’établissements en ont profité pour interdire également les armes dissimulées jusqu’alors tolérées. Les personnes qui choisissent de ne pas « open carry » se retrouvent donc aussi affectées par ces nouvelles dispositions.

Mother's cafe, Austin, Texas

Mother’s cafe, Austin, Texas, le 25 janvier 2016. Signes interdisant la présence d’armes visibles ou dissimulées – Crédits The Atlantic

Nombreux d’ailleurs sont ceux qui préfèrent garder leur arme dissimulée, avançant que l’élément de surprise est un avantage considérable en cas d’altercation mais aussi par crainte de devenir la première cible à abattre par des malfrats, de voir leur arme retournée contre eux ou dérobée. Alaina Gonville de Detroit en a fait les frais. Elle raconte à la NPR s’être fait braquer par un type dans une épicerie où elle s’était arrêtée en rentrant de son travail de nuit. Elle portait ouvertement un pistolet à la hanche, détail qui n’a pas échappé aux complices de son braqueur :

« je suppose qu’ils ont vu mon flingue. C’est alors qu’ils ont ouvert le feu de leur véhicule. J’ai entendu les coups de feu dans ma direction. J’ai sorti mon arme et j’ai riposté. »

Blessée au bras, elle réussit à mettre ses assaillants en fuite mais ne saurait dire si son arme lui a sauvé la vie ou a aggravé le danger.

Alana Barfield, habitante de Houston, explique à Quartz que pour elle, porter une arme visible équivaut à « s’afficher avec une bague en diamant ». « Même si je suis en droit de me rendre dans des lieux mon pistolet à la hanche, je vais le garder dissimulé. La dernière chose que je veux est de me retrouver impliquée dans une fusillade ». Un avis qui semble partagé par une majorité de Texans détenteurs d’un permis de port d’armes.